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Justine, l'ange gardienne

Ne vous fiez pas à la douceur de son regard ! Justine Crousy-Théode est une guerrière, une jeune femme de challenge. La preuve, son sport-passion c'est le viril hockey sur glace qu'elle pratique au sein de l'équipe masculine de D2 des Phénix de Reims en tant que... gardienne.




DÉCEMBRE, c'est le mois des cadeaux ! Justine, une grande jeune fille de 23 ans qui ne croit plus au père Noël depuis longtemps, a pourtant dû être un peu surprise par l'avalanche de présents médiatiques qui lui sont tombés dessus un peu avant Noël. L'Union, France 3, L’Équipe, Ouest France, Le Parisien, Les Sportives, France Bleu... tous ont voulu percer le mystère de miss Justine.


Qui est donc cette demoiselle d'1,80 m, adorant la glace jusqu'à indigestion, le hockey et qui a la drôle d'idée d'exercer sa passion dans l'équipe masculine (oui, oui, vous avez bien lu) des Phénix de Reims en Division 2 (3e niveau français). Ah, j'oubliais ! Justine Crousy-Théode est gardienne de but, un poste ô combien périlleux et exposé. Sa mission - qu'elle a réclamée - est de garder inviolée la cage rémoise (1,80 m x 1,20 m) et de détourner - à défaut de les détruire - des missiles (les palets) pouvant atteindre jusqu'à 175 km/h.


Drôle d'idée ? Bonne idée !


Après le qui (est-elle), le comment (est-elle arrivée là) s'impose à moi. « On habitait pas très loin de la patinoire de Boulogne-Billancourt », explique-t-elle. Sa mère voulait que son petit frère dépense son trop-plein d'énergie sur la glace. « Mais lui ne voulait pas. Je l'ai accompagné... sans succès. » École de glace, un peu de patinage artistique et Justine, 6 ans, est restée au...hockey. Un peu plus tard, « vers mes 8 ans, je me suis mise dans la cage. » Drôle d'idée !


Bonne idée plutôt. Justine a vite recueilli les suffrages de ses petits copains de jeu qu'elle dominait peut-être pas de la tête mais au moins des épaules.. Et le jour de ses 9 ans, fêtés à la patinoire, elle a eu une grosse et belle surprise. « Mes camarades m'ont offert une bonne partie de l'équipement de gardienne. » Le premier chapitre de son histoire venait de s'ouvrir, encombrée de mitaine, bouclier, jambières, coudières et autre plastron et agrémentée de « voyages sportifs » à l'occasion de tournois en Italie, Allemagne, République tchèque.


Le hic du hockey


Très vite, vers 15/16 ans, elle trimbale sa grande carcasse au milieu des championnats seniors. « Jouer contre des garçons, cela forge le caractère », affirme-t-elle un petit sourire aux coins des lèvres. Et du caractère, Justine en regorge car elle a pratiquement toujours évolué au milieu et contre des équipes masculines. Un privilège que le règlement autorise aux seules gardiennes.

Mais, si le hockey offre cette fantaisie (ce paradoxe, cette curiosité, cette anomalie, cette incongruité, appelez cela comme vous voulez) aux derniers remparts féminins, il en réclame le prix fort. Le hic, c'est donc le temps de jeu accordé à ces gardiennes du temple. Heureusement, Justine Crousy-Théode peut combler ce vide relatif en D2 avec l'équipe U20 (le sous classement est autorisé).


Porteur du casque jaune


Goalie numéro 2 des Phénix, Justine n'a eu que très peu l'occasion de démontrer ses talents devant les filets de D2. « Cette saison, j'ai joué un match et 3'19 avec les Phénix : cent quatre-vint-dix-neuf secondes lors de la défaite des Rémois contre Amnéville (2-4). à cause d'un « accident de botte » du Suédois Christopher Hanning, le titulaire du poste, obligé de sortir pour « réparer » et soixante minutes à Colmar (blanchissage 6-0).

Justine sait qu'elle peut compter sur sa garde rapprochée.

Au cours de ces 63"19, Justine s'est opposée avec succès à toutes les tentatives adverses. « Contre Amnéville, quand je suis montée sur la glace, alors que l'on était en infériorité numérique, j'ai entendu leur coach dire « allez les gars, c'est le moment ! » C'était peut-être le moment mais l'internationale des Phénix a tenu bon. « Et en plus, on était en infériorité numérique. » A Colmar, elle a essuyé vingt-cinq tirs sans céder. Beau bilan qui lui a valu le titre de joueur du match décerné par ses coéquipiers et... le casque de chantier jaune qui va avec ?


Seule femme dans le monde viril de la D2 (il y a aussi deux gardiennes en D3 à Wasquehal et Meudon), Justine va s'offrir une parenthèse féminine en cette fin de mois d'avril avec le championnat du monde D1 B hébergé en Autriche (voir ci-dessous). Une parenthèse ? Plutôt un nouveau combat qu'il faudra affronter et remporter pour avoir le droit de s'inviter au sein de l'élite mondiale.


 

Une joueuse comme un (!) autre


Ivan Bock sait qu'il peut compter sur sa gardienne...

Le fait qu'elle soit sélectionnée en équipe de France atteste des qualités de Justine Crousy-Théode. Plus que l'entraîneur national Grégory Tarlé, celui qui la cerne le mieux est son coach au quotidien Ivan Bock*. L'ancien gardien - trois saisons en Elite avec les Flammes Bleues de 1996 à 1999 - connaît sur le bout de sa mitaine le rôle ingrat tenu par sa gardienne. « Je suis satisfait de sa saison », lâche-t-il. Que ce soit avec les U20, la D2 ou pendant les séances d'entraînement, Justine a rempli son rôle. « Elle a toujours répondu présent. »


Intégrer une jeune fille dans une équipe masculine ne doit pas être un exercice facile. « Ce n'est simple pour personne, reconnaît  le technicien rémois. Mais, elle a l'habitude. Nous avons fixé des règles de fonctionnement. ça roule bien . » En gros et parce que la question doit vous titiller, Justine possède son vestiaire. Mais, elle ne s'y attarde pas et une fois qu'elle a enfilé son maillot n° 22 des Phénix, elle rejoint le groupe dans le vestiaire de l'équipe pour le brief ou le débrief. En résumé, une joueuse comme un autre... ou presque !


Autre énigme que vous mourez d'élucider : quel est son statut ? « Comme tous les joueurs français du club, elle a un contrat semi-pro. Il y en a qui travaillent, d'autres comme Justine qui sont étudiants. Les étrangers sont professionnels. »


Rassurez-vous, pour ce qui est du jeu, pas de problème non plus. « Elle a toujours évolué dans des équipes mixtes depuis qu'elle est petite. Elle est habituée à la puissance des shoots », conclut Ivan Bock.


*Ivan Bock a été numéro 2 en Elite (derrière des étrangers, le Suédois Modig en 96/97, le Tchèque Kondelik en 97/98, le Finlandais Pietila en 98/99)


 

L'élite mondiale en point de mire


Quand le championnat de France fait relâche, Justine troque son maillot bleu-Phénix pour le jersey bleu-France de l'équipe nationale. Du 13 au 28 avril à Klagenfurt, elle cherchera, avec ses copines Tricolores, à décrocher la 1re place du Mondial 1B et le précieux visa pour l'étage supérieur.


Il faudra faire plus qu'afficher le statut de favorites pour mettre à la raison la Hongrie, la Norvège, les Pays-Bas, le Corée du Sud et les hôtes autrichiennes.


Une longue attente


« Je ne sais pas encore si je serai n° 1 ou n° 2 de l'équipe, souligne Justine. Il faudra attendre la veille de notre premier match (contre les Pays-Bas) pour savoir qui débutera devant les filets. » L'attente sera longue pour cette compétitrice habituée à subir la pression quand son coach rémois l'envoie sur la glace.


 

« J'ai choisi entre le basket, le violon et le hockey »


Je l'ai déjà écrit : Justine Crousy-Théode est une femme de défis. Sur la glace, elle n'hésite pas à s'interposer devant les assauts musclés des attaquants adverses. Revenue sur terre, elle a accepté de se livrer à l'exercice délicat du portrait chinois dans lequel elle fait très souvent référence à son enfance.


«  Justine, si tu étais un animal...

Je serai mon chien Thunder, un Berger australien d'un an et demi croisé avec un labrador. On a coutume de dire « tel maître, tel chien". C'est vrai, il est aussi fou que moi. Mais, il est aussi super gentil


Un plat ?

(sans hésitation). Des lasagnes. C'est simple et efficace à cuisiner. Je n'en mange pas souvent. Alors quand j'en mange, je prends mon temps, je savoure.


Une ville ?

Paris. C'est une belle vie où j'ai mes habitudes. C'est là que j'ai passé toute mon enfance. Ado, je m'y suis baladée en scooter. Les bouchons ne m'ont jamais gênée (rires).


Un super héros ?

Spiderman, c'est un film de mon enfance.


Une saison ?

Le printemps. Il ne fait pas trop chaud ni trop froid. C'est aussi la saison des play-offs et des championnats du monde.


Un des cinq sens ?

La vue. Les yeux, c'est important pour une gardienne. Un shoot atteint une vitesse de plus de 100 km/h.



Une voiture ?

Une Cupra Seat. C'est ma voiture. Elle est un peu sport. J'aime sa forme, son intérieur.


Un style de musique ?

J'écoute de tout. Rihana, de la musique actuelle, des années 80. De tout.


« Le Paris-Brest de mon petit frère et les framboises, humm »


Un instrument ?

Le violon. J'en ai fait quand j'étais petite. A un moment, j'ai dû choisir entre le violon et le hockey...


Un dessert ?

Le Paris-Brest de mon petit frère qui est boulanger-pâtissier dans la région parisienne. Humm !


Un fruit ?

Les framboises, j'adore. Quand j'achète une barquette, vous pouvez être sûr qu'elle est terminée avant que j'arrive chez moi.


Un sport autre que le hockey ?

Le basket. Ma mère l'a pratiqué. Elle voulait que je suive son exemple. J'en ai fait un peu vers mes 10 ans. J'étais la plus grande. Mais, là encore, j'ai dû choisir avec le hockey.


Un sportif ?

Cristobal Huet. C'est un grand gardien français. Le plus grand même. Il est aujourd'hui entraîneur en Suisse.


Un chiffre ?

Le 6, c'est le jour de mon anniversaire. Le 22 aussi. C'est la date anniversaire de ma mère et mon numéro de maillot.


Mer ou montagne ?

La mer. Petite avec ma mère, on allait à Antibes, une plage de galets ou en Vendée (sable). »

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