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Comme un air de famille

Quand ils sont en possession du ballon, basketteurs et handballeurs visent le même objectif : prendre en défaut la défense adverse en la déséquilibrant ou en retardant ses actions. Pour parvenir à leurs fins, ils utilisent le pick and roll et le bloc-remise, bâtis sur les mêmes principes.

Pick and roll schématisé par Thomas Andrieux, coach du Champagne Basket (à gauche) et bloc-remise par Maxime Martin, entraîneur-adjoint de Celles-sur-Belle (D2 féminine) : la ressemblance est frappante, non ?


Les amoureux de la grosse balle orange (qui n’est plus totalement orange d’ailleurs) et ceux de la petite balle pégueuse (qui colle toujours autant) maîtrisent sur le bout des doigts les techniques, les subtilités stratégiques et les éléments de langage propres à leurs disciplines respectives. Le pick and roll du basketteur et le bloc-remise du handballeur n’ont pas de secret pour eux. Et pour vous ?


Le principe de ces deux actions est simple : le porteur du ballon profite du bloc ou de l’écran (vocabulaire selon la discipline) posé par un partenaire (le plus souvent son pivot) pour déborder son adversaire direct ou du moins retarder son action. La suite ? Lire le jeu et exploiter le retard du défenseur pour prendre un tir, ou mobiliser un adversaire qui n’est pas le sien (venu aider) et provoquer ansi un déséquilibre ou un décalage.


Profondeur et espace réduit


Si les données de base répondent à une même philosophie, l’action revêt des aspects différents. Chaque discipline possède ses spécificités. Quand le handball ne permet pas de marcher ou de courir jusqu’à la cible (le but), le basket autorise cette approche. Le jeu dans la profondeur ou sur espace réduit n’offre pas les mêmes perspectives.


Deux coaches issus de notre département, Maxime Martin, ex-directeur technique du Reims Champagne Handball aujourd’hui entraîneur-adjoint à Celles-sur-Belle (D2 féminine) et le Rémois d’adoption, entraîneur du Champagne Basket (Pro B) et assistant de l’équipe de France U20, Thomas Andrieux, apportent des explications plus techniques.


Krumbholz et Collet, consultants de luxe


Ils sont rejoints par Sylvain Moret, l’ex-bras droit de Francis Charneux au RCB, aujourd’hui entraîneur de Bétheny (Prénationale) mais qui a fréquenté le handball lors du championnat de France UNSS que son équipe, le lycée Arago, a remporté brillamment en 2017. Aux manettes techniques de cette formation qui comptait bon nombre de jeunes filles du Centre de formation du RCH, on retrouvait… un certain Maxime Martin.


Leurs propos sont confirmés par des experts, des consultants de luxe… les techniciens et sélectionneurs des équipes de France, Olivier Krumbholz (champion olympique avec les féminines à Tokyo) et Vincent Collet (vice-champion olympique avec les masculins toujours à Tokyo). Ni plus, ni moins.

 

A LIRE AUSSI

  • L’analyse de notre cinq majeur

  • Vincent Collet, entraîneur de l’équipe de France de basket

  • Thomas Andrieux, entraîneur du Champagne Basket (Pro B)

  • Maxime Martin, entraîneur-adjoint de Celles-sur-Belle (D2 féminine)

  • Olivier Krumbholz, entraîneur de l’équipe de France féminine de handball

  • Sylvain Moret, entraîneur de basket et champion de France UNSS de handball

 

L’analyse de notre cinq majeur


L’écran, qui se pose en tête de raquette (basket) ou le bloc sur un défenseur avancé ou resté à la zone (handball), sont autorisés par les règles de ces deux disciplines alors que d’autres sports l’interdisent comme le football (obstruction) ou le rugby (écran).

À nos cinq techniciens, nous avons posé les questions de la similarité de ces deux lancements de jeu, des évolutions dans un avenir plus ou moins proche et de la possibilité de piocher dans une discipline pour faire avancer l’autre.


PRINCIPES DE BASE

  • ·Un de mes partenaires pose un bloc sur mon adversaire direct.

  • Mon défenseur ne peut plus se déplacer latéralement ou se trouve en retard -> en débordant du côté de mon bloqueur, je me défais de son marquage et je peux tenter un shoot sans gêne

  • Je déborde mon adversaire direct mais le défenseur proche vient contrarier mon action --> je ne peux pas tirer mais mon bloqueur profite de sa position devant mon adversaire initial pour se démarquer et recevoir le ballon en toute quiétude (!)

  • La défense réagit bien, les espaces ne se libèrent pas je poursuis mon action en espérant qu’une situation de surnombre sera exploitée par un de mes partenaires

  • Au lieu de déborder du côté de mon pivot, je profite du déplacement de mon adversaire (qui avait anticipé et évité le bloc) pour me déplacer de l’autre côté du bloc et provoquer une situation de surnombre.

 

COTE BASKET

Vincent Collet : « Pas le même spacing »


Vincent Collet, l’entraîneur de l’équipe de France masculine, explique la philosophie du pick and roll : « L’objectif est de libérer le porteur de balle du marquage de son adversaire. On traduit pick and roll par écran porteur mais la finalité reste la même : retarder l’action du défenseur sur le porteur de balle et obliger un autre défenseur à intervenir. »


Vous pensez bien que cette phase de jeu ne surprend plus grand monde. « Si on se contente du pick, l’action est immédiatement stoppée, ajoute Vincent Collet. Il faut que le poseur d’écran « roule » (le roll) vers le panier. »


Plus on grimpe vers le haut niveau, plus cela se complexifie. Le jeu à deux contre deux évolue jusqu’à concerner tous les joueurs d’une équipe et à obliger les initiateurs de cette amorce à trouver le joueur qui a été libéré par l’écran porteur.


Pep Guardiola, fan de basket


Très concentré sur la spécificité basket de cette action, Vincent Collet avoue ne pas connaître suffisamment le hand pour se prononcer sur la possibilité d’emprunter un élément du bloc-remise et de l’adapter à sa façon. « Ce que je peux dire, c’est que le spacing et le timing sont bien différents. Il y a beaucoup moins de profondeur dans le hand (limite de la zone). Au basket, le pivot est un point de fixation qui oblige les adversaires à défendre dans la profondeur. »


Mais, il ne rejette pas l’idée. Il se souvient même que le football regardait de près le basket. « Il y a une dizaine d’années, Thierry Henry (1) m’avait dit que Pep Guardiola (alors entraîneur de Barcelone) regardait beaucoup le basket et même s’en inspirait. C’était alors le seul entraîneur de foot à avoir des systèmes. »


(1). – Thierry Henry a évolué à Barcelone de 2007 à 2010 sous les ordres de Pep Guardiola, coach du Barça de 2008 à 2012 avec un bilan éloquent de 179 victoires, 47 nuls et 21 défaites.


COLLET EN BREF

Vincent Collet (1,91 m – 60 ans), né en Seine-Maritime à Sainte-Adresse (ça ne s’invente pas), a évolué en pro de 180 à 1998) puis a entraîné en club (Le Mans, Asvel, SIG Strasbourg, Métropolitans 92). Il a décroché trois titres de champion de France (joueur avec Le Mans, entraîneur avec Le Mans et l’Asvel). Il a été nommé sélectionneur et entraîneur de l’équipe de France en 2009 et a à son palmarès une médaille d’or européenne (2013), d’argent Europe (2011 et 2022), JO Tokyo (2021), bronze (Europe 2015, Monde 2014, 2019).

 

Thomas Andrieux : « Provoquer un déséquilibre »


Négliger le pick and roll serait une faute grave. Professionnelle même. Thomas Andrieux n’imagine pas qu’on puisse oublier cette action dans le milieu professionnel (plus même) : « Deux tiers des actions sont orchestrées par le pick and roll. Son objectif est de créer une situation d’avantage. »


Si tout le monde ou presque a compris le concept, chacun doit faire preuve d’une intelligence tactique et d’un savoir-faire technique. « Et il faut une parfaite coordination entre les joueurs. C’est cela qui va provoquer le déséquilibre ou le retard défensif », affirme coach Andrieux.


Si dans les plus petits championnats (ce n'est pas péjoratif), le jeu à deux suffit à faire mouche, « il en va tout autrement plus on monte dans les niveaux. » Les aides et les options défensives obligent les initiateurs (le poseur d’écran et l’utilisateur) à faire preuve d’imagination - ça se travaille - et à impliquer les joueurs qui au départ n’étaient pas concernés. On en vient à un jeu à trois, quatre voire cinq éléments pour trouver la solution.


Pas question de creuser davantage cet aspect, chaque coach ayant ses marottes et… ses craintes d’être percé au grand jour ! Mais, les vidéos qui circulent allègrement de salle en salle se chargent de mettre à mal les secrets, même les mieux gardés.


Car, si tout le monde joue le pick and roll, tout le monde défend cette action. « Il y a bien sûr plusieurs options », annonce Thomas Andrieux qui avoue ses préférences pour quatre ou cinq types de défense qui vont de la « trappe à deux » à des changements défensifs en passant par un passage « du défenseur sous l’écran et ainsi laisser le porteur de balle tenter sa chance surtout s’il n’est pas très adroit. »


ANDRIEUX EN BREF

Thomas Andrieux (1,94 m – 46 ans), né à Aubenas (Ardèche), a joué en pro de 1996 à 2010 (à l’Espé Châlons de 2003 à 2005, au Reims Champagne Basket de 2005 à 2007). Il s’est ensuite tourné vers le métier d’entraîneur, d’abord à Boulazac jusqu’en 2021 puis au Champagne Basket (ex-CCRB) depuis 2022. L’été dernier, il est devenu assistant de l’équipe de France U20 avec qui il a décroché l’or européen.

 

COTE HANDBALL

Olivier Krumbholz : « La différence, c’est la profondeur »

Son emploi du temps est celui d’un ministre… du handball féminin. Pourtant, Olivier Krumbholz, l’entraîneur de l’équipe de France féminine, championne olympique à Tokyo, n’a pas esquivé la demande de « Le sport sans limite ». Il ne s’est pas dérobé quand on lui a demandé s’il y avait des similitudes entre le pick and roll du basketteur et le bloc-retour du handballeur.


« Je ne suis pas un grand spécialiste du basket, concède-t-il, mais il me semble que l’objectif du l’attaquant non porteur de balle est d’agir comme un facilitateur pour libérer son partenaire. » Bingo ! « Si c’est le cas, le pick and roll est clairement un bloc-retour. Les deux actions sont très proches l’une de l’autre. »


Tout profane-basket qu’il est, Olivier Krumbholz trouve tout de même des points de différence entre le pick and roll et le bloc-retour : « La profondeur. » Les tracés des terrains et le règlement permettent en effet aux basketteurs d’aller jusqu’à la cible (le panneau) alors que le handballeur est limité par la zone (à 6 mètres du but).


Ces quelques mètres de différence ne modifient pas son jugement. Reste à savoir si l’on peut prendre des morceaux de pick and roll, les transposer pour améliorer le bloc-retour ? Ou vice-versa. « Forcément », répond-il. Cette action a-t-elle autant d’importance au basket qu’au hand ? « Cela me semble plus important au basket. Un grand nombre de possessions débute par le pick and roll. Le bloc-retour réclame un savoir-faire que tout le monde n’utilise pas. C’est dommage. Moi, j’aime bien. »


KRUMBHOLZ EN BREF

Olivier Krumbholz (65 ans) entame sa dernière campagne à la tête de l’équipe de France féminine. Quand il regarde dans son rétro bleu-blanc-rouge, le patron du hand féminin peut se targuer de dix médailles internationales dont quatre d’or (1 JO, 2 Monde, 1 Europe) obtenues en deux périodes : de 1998 à 2013 puis de 2016 à aujourd’hui. Et on espère bien que ce n’est pas fini (1) !


(1). – Avant les JO (25 juillet – 11 août), il y aura les championnats du monde (30 novembre – 17 décembre au Danemark, Norvège, Suède)

 

Maxime Martin « sensible au poste de pivot »


Les handballeurs sont de petits cachotiers qui prennent un malin plaisir à ne pas désigner une action par son appellation la plus compréhensible. "Bloc et remise au bloc", cela traduit bien cette notion d’aide et de récompense à celui qui a aidé ! Pourtant le bloc remise endosse quelquefois d’autres qualifications : bloc-débloc, bloc-retour ou encore jeu de gain de position…

Mais rassurez-vous ou rassurez vos joueurs, tous ces enclenchements ne font qu’un. « L’objectif est de retarder les montées du défenseur sur le porteur de balle, explique Maxime Martin. Ou de casser l’alignement défensif et de contraindre les défenseurs à effectuer des changements. » Vous l’avez compris, à chaque situation… sa solution. Cela peut être un tir, un service au pivot qui redescend vers la zone quand l’action est réalisée à 9 ou 10 mètres, un pivot qui glisse derrière la défense désorganisée si tout se passe à la zone. Reste à effectuer la bonne lecture !


Très curieux de ces luttes obscures dans un petit périmètre, Maxime Martin avoue une « tendresse » particulière pour les pivots. « Je suis très sensible à ce poste. J’aime faire travailler avec et pour lui (elle à Celles-sur-Belle). » Mais, il ne veut surtout pas copier les recettes existantes. Amateur du basket NBA, il scrute les actions des intérieurs évoluant aux States.


« Le hand et le basket ont ceci en commun que le poste de pivot est primordial. Il travaille pour les autres en cherchant à provoquer un retard du défenseur responsable du porteur de balle. » Ses nuits américaines lui ont-elles apporté des certitudes à défaut de solutions ?


MARTIN EN BREF

Maxime Martin (37 ans) a vécu ses premières années handball à Connantre. Dans le sud-ouest marnais, il a grandi au point que pour ne pas freiner sa croissance handballistique, il a rejoint les rangs du RCH où il a entraîné les garçons (N3) puis les féminines (N2) avant d’en devenir le directeur sportif. C’est lui qui a donné naissance au centre d’entraînement et a lancé de nombreuses joueuses dans le grand bain national… Et puis en 2021, l’histoire a pris un autre virage avec son licenciement. Un véritable coup de massue… qu’il a esquivé en répondant favorablement à l’offre de Thierry Vincent, l’entraîneur de Celles-sur-Belle qui évoluait jusqu’à cette année en Ligue Butagaz (D1 féminine) et qui lui a proposé de devenir son adjoint.

 

ENTRE HAND ET BASKET


Sylvain Moret : « La parole est aux chercheurs »


Sylvain Moret est basketteur. Assistant de Francis Charneux au RCB, il ne s’est jamais réellement éloigné des panneaux. Par le biais du championnat de France UNSS, il a fait une infidélité à sa discipline originelle et a échangé, l’espace des finales nationales scolaires, un gros ballon pour un beaucoup plus petit.


Champion de France avec les demoiselles du lycée Arago et Maxime Martin en 2017, il a découvert quelques-unes des subtilités du hand. « Il y a parfois des similitudes, précise-t-il. Notamment dans les options défensives. Comme la boîte (basket) ou la stricte sur un joueur dangereux. Il y a aussi des choses que l’on pourrait peut-être transposer comme la défense de l’ailier à l’opposé du ballon. Le basket a tendance à revenir vers le centre pour interdire la pénétration d'un joueur quand le hand monte pour jouer sur les lignes de passe. Il y a également des gestes similaires en attaque comme le alley-oop et le kung-fu du hand. »


Oui, mais quid de notre interrogation de départ? « On doit pouvoir trouver de nouvelles utilisations après le 2 contre 2 initial. La parole est aux chercheurs », conclut-il d'un ton rieur. Faudra-t-il désormais parler de bloc and roll et de pick-retour ?


Handball et basket réunis grâce aux lycéennes d'Arago et leurs coaches Sylvain Moret (à droite) et Maxime Martin (à son côté) après le titre UNSS 2017.

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