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Du jeu au sifflet

Anne-Laure-Paradis, l'ancienne demi-centre d'Epernay en Nationale 2, vit désormais sa passion du handball à travers le prisme de l'arbitrage. Elle appartient au groupe Elite et dirige fréquemment des rencontres de Liqui Moly Starligue (D1).


Petit gabarit au milieu de géants, Anne-Laure Paradis sait se faire respecter et faire respecter le jeu.


Sans eux, pas de match ! Vous avez bien compris qu’aujourd’hui je vous invite à fréquenter le monde de l’arbitrage. Les exemples ne sont pas si nombreux dans la Marne qui nous ont permis de nous faufiler dans le costume d’un arbitre de haut niveau.


Mais revenons à notre découverte de ces sportifs pas comme les autres. Entendez par là qu’ils revêtent une tenue distinctive, qu’ils sont équipés, parfois, d’un système de communication, toujours d’un sifflet… et qu’ils nourrissent la même passion pour leur sport que les joueurs.


Notre guide s’appelle donc Anne-Laure Paradis (37 ans) et elle officie dans le handball. Son arrivée dans le milieu s’est effectuée comme pour beaucoup d’autres futurs arbitres. « Je jouais à Épernay, j’avais 15 ans. Un jour, Gérald, notre entraîneur nous a sollicités Elodie (Tournant) et moi pour siffler afin que le club remplisse ses obligations d’arbitrage. » Pas encore question de vocation. « Ça nous a rapidement plu, reconnaît-elle. On y a pris goût », confie Anne-Laure.


Besoin de souffler... et de siffler


Mais le jeu et l’amour du jeu, étaient encore là, chevillés au corps, cohabitant tant bien que mal avec cette nouvelle passion. « Jusqu’à 27 ou 28 ans, on a continué à jouer en N2 à Epernay et à arbitrer. » Mais, elle sentait bien que les quatre entraînements hebdomadaires plus le match du week-end pesaient de plus en plus lourd. « J’étais au bout du jeu », image-t-elle. Elle avait besoin de souffler, de siffler.

Le binôme Paradis-Tournant, détecté lors des Interpôles, a alors commencé à fréquenter le niveau national, sifflet à la main. Son intronisation s’est faite « lors d’un match de D1 féminine mais je ne sais plus lequel », avoue-t-elle. « On a entrevu une autre carrière, un autre niveau que le jeu ne nous offrirait jamais. On est devenues vraiment mordues. » Sélestat – Dunkerque a été leur premier cadeau estampillé D1 masculine. Fin du préambule.


Quelques lignes plus haut, j‘évoquais le statut de haut niveau en parlant des arbitres. Eh oui, les directeurs .trices de jeu ne se contentent pas d’enfiler leur tenue, de s’assurer que leur sifflet est en état de marche, que les cartons sont bien au chaud dans dans leurs poches (jaune, rouge, bleu pour le hand) avant le toss (le lancer de pièce, un exercice périlleux) et le coup d’envoi. Il faut assurer le bon déroulement du match et permettre que chacun y trouve son plaisir.


Pas de favoritisme


Les arbitres du groupe Elite – auquel appartiennent Anne-Laure Paradis et son nouveau partenaire Jérôme Rolland – sont soumis à des contrôles réguliers. « Nous avons trois tests physiques dans la saison, révèle-t-elle. En début de saison, fin janvier et vers le mois d’avril. » Mais, ce n’est pas tout. Il y a aussi trois stages-vidéo, des tests écrits, des webinaires et des suivis vidéos. « On est évalué six fois dans l’année. On peut même faire l’objet d’un suivi d’accompagnement. » Le genre de chose qui n’annonce pas toujours de bonnes nouvelles !


Ce qui est sûr, c’est que tout est mis en œuvre pour que le « Game Day » se déroule sans accroc. « On a accès à toutes les vidéos de tous les matchs », dévoile Anne-Laure qui, comme tous ses collègues, prépare soigneusement les rencontres qu’on lui confie en compilant le maximum de données : le classement bien sûr, l’environnement (il y a des salles plus « chaudes » que d’autres), le calendrier (les équipes européennes accumulent de la fatigue supplémentaire) et aussi la compo des équipes. « On peut être amené à siffler des joueurs issus de la même région que nous. » Comme l’Ardennais Benjamin Afgour (Dunkerque) ou le Marnais Corentin Boé (Angers en Proligue). Mais pas question de favoritisme.


Tête-à-tête avec " Boule " Gardent


« Il y a des joueurs avec qui cela se passe toujours bien, d’autres moins. » Chuuuut, pas de noms. « Il y a du respect. On se connaît tous et un certain rapport de force pourrait s’installer. » Afin de garder ses distances avec les acteurs du jeu, elle a pris une décision forte. « Je vouvoie tout le monde pendant le match. » La commission de désignation fait également attention à tous les paramètres. « On ne siffle pas la même équipe deux fois dans le même mois par exemple. »

Cela nous amène naturellement à la traditionnelle question : « Quels sont vos pires souvenirs d’arbitrage ? » Contrairement aux décisions à prendre très vite sur le terrain, Anne-Laure s’accorde un temps de réflexion avant de répondre. « Un Rouen – Caen plein d’animosité, de violence même. On a été dépassées. Ah, noooon ! Il y a un Saran – Toulouse qui nous a valu une assez longue mise au placard. A 20 secondes de la fin, les équipes sont à égalité. Un ailier de Saran s’infiltre. J’étais arbitre de but et je le vois dans la zone. Ce qui m’avait échappé, c’est qu’il avait été poussé dans les six mètres. » Évidemment, sur la remise en jeu du gardien, Saran inscrit le but de la victoire… et le coach toulousain, un certain Philippe Gardent – surnommé Boule (tout un programme) -, se paya un tête-à-tête sulfureux avec son « arbitre préférée du soir ».


Dix jours de rêve à La Réunion

Heureusement, les bons moments sont là pour compenser ces longues périodes de solitude. « Il y a les finales de coupe de France régionale masculine à Bercy (Chalon – Mélantois 28-18), s’enthousiasme-t-elle encore, onze ans après. Avec Elo, on commençait à monter les échelons. » Anne-Laure se souvient aussi comme si c’était hier des trois finalités sifflées à La Réunion. « Dix jours de rêve. » Il y a également la reconnaissance de plus en plus marquée de son nouveau binôme. Les instances fédérales font confiance au duo qui vit cette saison son troisième exercice.


Anne-Laure ne le dit pas mais le duo géographiquement improbable (elle vit à Tinqueux, lui à Perpignan) fait partie du Top 10, peut-être même mieux, du groupe Elite appelé à diriger une quinzaine de matchs de Liqui Moly Star Ligue (la D1) cette saison.



Des paysages magnifiques et majestueux : lors de leur séjour à La Réunion, Anne-Laure et Elodie en ont pris plein les yeux.

On n’a pas encore abordé le sujet… mais les arbitres de haut niveau comme Anne-Laure Paradis ne sont pas professionnels. Anne-Laure est adjointe au département du sport de haut niveau au Creps de Reims. Après avoir brillamment réussi le concours de prof de sport, elle effectue actuellement son année de stage. « Je dois suivre onze semaines de cours à Poitiers avant de retrouver mon poste à temps plein. »


 

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  • Le rêve international d’Anne-Laure

  • Calcul mental et géographie

 

Le rêve international

L’ascension du duo Paradis – Tournant aurait pu les amener loin. Ou plutôt haut. Après une première étape, les ayant conduites dans le groupe Elite, les deux complices ont été sollicitées pour participer à un stage international organisé tous les ans. « Deux fois, nous avons été proposées par la Fédé, dévoile-t-elle. Mais, Elo n’a pas pu se libérer à cause de sa profession de notaire. »


Plus tard, Elodie a annoncé à Anne-Laure qu’elle mettait fin à sa carrière d’arbitre pour donner naissance à la relève… « Je l’ai " suivie ". Moi aussi, j’ai arrêté. Mais rapidement, cela m’a manqué. J’ai appelé le responsable de l’arbitrage qui m’a proposé de faire un test avec Jérôme Rolland qui ne s’entendait plus avec son binôme. » Essai concluant - « on a la même sensibilité, la même lecture du jeu » - dès le premier match amical dirigé avec comme récompense une première désignation en D1, PSG – Chartres.


Mais, plus question de stage international. « J’ai pourtant eu l’ambition de tenter cette aventure. Maintenant, c’est trop tard. La Fédération envoie de jeunes arbitres au potentiel reconnu. »


 

L’école de l’arbitrage : calcul mental et géographie


Un petit peu de calcul mental, ça vous dit ? Pas vraiment si j’en crois votre moue. Des devinettes alors ? 10 450, qu’est-ce que cela représente pour vous ? Même chose pour 25 000 ? Allez, je vous le donne… en mille.


10 450, c’est 11 fois 950 (le nombre de kilomètres pour aller à Poitiers et en revenir), son point de chute pour valider son professorat de sport lors de onze semaines de stage. Tout sauf une partie de plaisir même si Anne-Laure avoue aimer conduire. Ajoutez à ces 10 450 bornes, 25 000 km que cette globe-trotter du sifflet effectue en train chaque année. N’oubliez pas de comptabiliser les kilomètres « Starligue, Proligue et D1 féminine » avalés en voiture et qui peuvent la conduire aux quatre coins de la France.


Et puis, le panorama ne serait pas complet si l’on oubliait que son tableau de chasse comporte aussi des destinations aussi ensoleillées que Saint-Raphaël, Pau, Nice, Toulon, Istres ou encore Plan de Cuques (à l’est de Marseille) et Frontignan (au sud de Montpellier) ralliées le plus souvent en avion… On peut affirmer sans se tromper qu’Anne-Laure effectue chaque saison 40 000 km, l’équivalent d’un gros ballon qui s’appellerait Terre...

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