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La bivalence de Grès


Un bon souvenir pour Jean-Pierre Grès : à Colombes, il devient champion de France du 100 m 1971. Roger Bambuck, le seul Français à avoir détenu le record du monde (en 10") à droite, est battu.

Le 100 m est tout sauf une courte ligne droite docile... Jean-Pierre Grès l'a vécu il y a plus de 50 ans. Champion de France sous le maillot du Stade de Reims, titulaire du relais tricolore aux Jeux de Munich mais aussi étudiant en pharmacie, l'Ardennais a su concilier avec bonheur athlétisme et études.



LES JEUX OLYMPIQUES A 45 MINUTES DE PARIS / ÉPISODE 5


J - 87

PARIS 2024 / CÉRÉMONIE D'OUVERTURE LE 26 JUILLET


IL FUT UN TEMPS où le sprint français fréquentait « le haut du bout de la ligne droite ». Au basket, on parlerait du haut du panier ! Jocelyn Delecour, Claude Piquemal puis Roger Bambuck affolaient les chronomètres... manuels et fréquentaient assidûment l'élite mondiale. C'était il y a... plus de cinquante ans !


A cette époque-là, deux Rémois commençaient à pointer le bout de leur nez. André Byrame et Jean-Pierre Grès avaient décidé de quitter leurs régions natales - la Guadeloupe et les Ardennes - pour unir leurs forces et optimiser leur potentiel dans les rangs du Stade de Reims Athlétisme. Leur objectif était de décrocher la lune, leur lune. Quelle soit nationale, mondiale ou olympique.


Un ou deux entraînements par semaine


André Byrame et Jean-Pierre Grès aux ordres du starter.

Âmes sensibles s'abstenir ! Bouchez-vous les oreilles, fermez les yeux... ce qui va suivre risque de vous plonger dans un monde impitoyable que vous ne pouvez même pas imaginer. Mais, c'était le monde auquel étaient confrontés quotidiennement les sportifs, les athlètes en l'occurrence. Enfin, quand je dis quotidiennement, je suis loin du compte. « A l'époque, on s'entraînait une ou deux fois par semaine, se souvient, sans regret, Jean-Pierre Grès. On était des amateurs. Moi, je n'ai jamais été un fan de l'entraînement. »


Ces séances sur la cendrée du stade Saint-Symphorien à Reims (derrière la cathédrale) ont régulièrement invité les futurs sélectionnés olympiques à peaufiner leurs sorties de starts, à travailler leurs mises en action, à casser le corps sur la ligne. Au fil des entraînements et des coups de moins bien, au fil des années, le tandem de sprinters made in Reims a creusé son sillon vers l'équipe de France. André Byrame tout d'abord. Le « bidasse rampant* » de la Base 112 de Courcy a rapidement été pris sous son aile par Jean-Jacques Louis, un prof d'EPS tout frais émoulu de l'Université.


Stoppé par une vilaine mononucléose


Deux ans plus tard, en 1969, Jean-Pierre Grès a rejoint le duo. « On a fait une belle équipe avec Bibi et Jean-Jacques. On a appris tous les trois ensemble. » Gagner un dixième réclamait des litres de sueur. Avant les Jeux de Munich, le record de France était de 10"11 (Bambuck). La meilleure marque de nos duettistes était de 10"3 / 10"4 manuels.


Mais la vie d'un sprinter n'est pas une courte ligne droite docile. Une vilaine mononucléose stoppe net Jean-Pierre Grès. Dur, dur pour ce puissant gabarit qui gagnait tout chez les juniors et qui doit se faire violence pour reprendre le cours de sa progression l'année suivante. Il devra encore patienter un an avant de bouleverser la hiérarchie du sprint.


A Colombes lors du championnat de France 1971, Grès déjoue tous les pronostics et devance sur la ligne les Fenouil, Sarteur, Bourbeillon et autre Bambuck dans des conditions épouvantables (- 4 m/s de vent) en 10"7. Il faut avoir recours à la photo-finish pour officialiser le podium (large victoire... 1/100e devant Gilles Echevin !)

Grès, 4e à partir de la gauche, et l'opulent groupe du relais tricolore.

Munich se rapproche et lui fait les yeux doux. Les France 72 confirment le talent des Rémois avec les 3e et 4e places de Grès et Byrame en 10"4. Tous les deux valident leur billet pour Munich. Byrame sur le 100 m individuel (éliminé dès les séries, 6e en 10"64), Grès dans le relais 4x100 (7e de la finale en 39"14)... puis s'éloignent de l'élite hexagonale.

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*Rampant : le personnel au sol en opposition au personnel navigant


 

A jamais athlète olympique

La concurrence était rude pour décrocher un visa pour les Jeux. Cela valait bien un petit effort et passer de un ou deux entraînements à trois ! Jean-Pierre Grès, étudiant à la fac de pharmacie de Reims, n'a pas eu à se plaindre du régime de préparation concocté par coach Jean-Jacques Louis. Retenu pour le relais 4x100 comme « titulaire de la ligne opposée » où son gabarit (1,85 m) s'exprimait à merveille, le natif de Signy-l'Abbaye a fait trois apparitions sur la piste du stade olympique.


Le quatuor tricolore fit parler sa science du passage de témoin (un regroupement tous les quinze jours lors de la préparation) : 1er en série (39"01), 1er de sa demi-finale (39"00). Les espoirs étaient grands pour la finale. La médaille pouvait, devait, tomber dans l'escarcelle tricolore mais « Bruno Cherrier s'est claqué dans la dernière ligne droite... » anéantissant les espoirs des Bleus de grimper sur la boîte et durent donc se résigner à finir à la 7e place (39"14).


« Au retour, la police était là »


« Le plaisir d'avoir participé aux Jeux, de découvrir d'autres disciplines comme le hockey sur gazon, la chance de pouvoir faire du tourisme » ont alors atténué la déception de cette finale. Une autre blessure n'a été soignée que longtemps après le rendez-vous olympique. Qui dit Munich pense immédiatement aux attentats perpétrés par un commando palestinien prenant en otage onze athlètes israéliens.


« Ce jour-là, on était en journée "ouverte". On était parti en bus pour se changer les idées, se souvient Jean-Pierre Grès. Au retour, la police était là. C'était douloureux pour tout le village olympique. Nous, on n'a rien vu de nos yeux. On a été relativement épargnés mais, c'était traumatisant. »


Aujourd'hui, les souvenirs sont toujours là, bien au chaud dans la mémoire du sprinter ardennais, qui a été découvert à Signy-l'Abbaye par Monsieur Hachon, qui a signé sa première licence à la Jeune France de Mézières, puis a été sacré champion de France sous le maillot rouge barré de blanc du Stade de Reims et qui peut s'enorgueillir d'être à jamais un athlète olympique.


 

Le sport - études gagnant de JPG

Jean-Pierre Grès et ses potes sur la plus haute marche du podium devant les Soviétiques.

Junior ultra-dominateur - champion de France, meilleure performance européenne -, Jean-Pierre Grès a alimenté la « rubrique mercato » de l'époque. Son potentiel n'avait pas échappé aux yeux des recruteurs des clubs les plus huppés. Le PUC (Paris Université Club) a finalement séduit le jeune Ardennais. « Il n'est resté qu'une quinzaine de jours dans la capitale », dévoile Jean-Jacques Louis. «  Je ne pouvais pas suivre mes cours de pharmacie dans de bonnes conditions, explique l'intéressé. Il n'y avait pas suffisamment de places assises et elles étaient le plus souvent occupées par des fils d'ambassadeurs. »


Pour étudier dans de bonnes conditions (« mon futur métier était ma priorité ») et rester proche de ses racines signaciennes, Jean-Pierre prit donc la direction de Reims pour former une belle petite équipe avec André Byrame et Jean-Jacques Louis. Une bonne décision puisqu'il put mener à bien son double projet sportif (champion de France senior du 100 m, sélectionné pour les Jeux de Munich) et universitaire (diplôme de pharmacien).


Après sa carrière sportive, Jean-Pierre s'installa à Signy-l'Abbaye, une commune d'un peu plus de 1 100 habitants dont il fut maire plus tard (2001 à 2008) et où il peut occuper sa retraite à revivre ses émotions sportives. Au sprint bien sûr !


 

Insatiable Jean-Jacques Louis !

Jean-Jacques Louis et Henry Elliott, acteurs majeurs de l'athlé des années 70.

Derrière tout sportif, il y a un entraîneur. Derrière les deux sprinters du Stade de Reims des années 70, véritables petits bolides, il y avait Jean-Jacques Louis qui débutait dans le métier de coach. « J'étais en fin de carrière sportive », rappelle-t-il. Une belle carrière puisqu'il lui fallait 10"6 pour avaler les 100 mètres de l'épreuve-reine. « J'étais aussi un entraîneur débutant au sein de l'élite. »


Quand on a la chance de driver deux futurs « olympiques », aux gabarits si différents - Byrame 1,65 m et Grès 1,85 m - on apprend vite, très vite. Ses deux pépites ne s'en plaignirent pas puisqu'elles décrochèrent leur visa pour l'Allemagne. Par ricochet, ses compétences furent reconnues et Jean-Jacques Louis prit lui aussi la direction de la Bavière olympique.


DTN du base-ball


C'était le début d'une belle carrière qui l'éloigna progressivement du milieu de l'athlétisme : directeur de l'équipe de France Espoirs, entraîneur des relais tricolores, dans l'encadrement des JO de Moscou (1980) avant un retour dans un monde moins parallèle.


«  J'ai été prof d'EPS au collège Université, CTR d'athlétisme du Dauphiné Savoie (et entraîneur du Grenoble UC), inspecteur Jeunesse et Sports à Lille (et entraîneur à Tourcoing), directeur des Creps de Nancy, Reims, Picardie, chef de mission pour la Jeunesse et Sports, directeur départemental dans l'Aisne et l'Oise. » Et pour boucler un si brillant et atypique parcours, Jean-Jacques Louis accepta le poste de DTN (directeur technique national)... du base-ball, une discipline qui bouge et fait voyager « jusqu'au Vénézuela, Cuba ou encore aux Etats-Unis. »

 

Ces athlètes qui ont défendu les couleurs rémoises aux JO


L'athlétisme a grandement participé aux aventures olympiques. La liste, non exhaustive, qui suit peut attester de la richesse, passée, de la discipline.

Henry Elliot et Gérard Ugolini : la voix qui conduit au "chant" de course de Munich.

1968 Mexico

Henry Elliott, hauteur, éliminatoire

Gérard Ugolini, longueur, 16e


1972 Munich

Henry Elliott, hauteur

André Byrame, 100 m, éliminé en série

Jean-Pierre Grès, 4x100 m, finaliste (7e)


1976 Montréal

Nadine Prévost, 100 m haies, demi-finaliste


2000 Sydney

Eunice Barber, heptathlon, abandon


2004 Athènes

Eunice Barber, longueur, éliminée

Hasna Benhassi pour le Maroc, 800 m, 🥈 médaillée d'argent

Mohcine Chehibi, pour le Maroc, 800 m, finaliste (4e)


2008 Pékin

Mahiédine Mekhissi, 3000 m steeple, 🥈 médaillée d'argent

Hasna Benhassi pour le Maroc, 800 m, 🥉 médaillée de bronze

Bérenger Bossé, pour la Centrafrique, 100 m


2012 Londres

Mahiédine Mekhissi, 3000 m steeple, 🥈 médaillé d'argent

Yohann Diniz, 50 km marche, disqualifié

Marie Gayot, 4x400 m, demi-finaliste

Bérenger Bossé, pour la Centrafrique, 100 m


2016, Rio de Janeiro

Mahiédine Mekhissi, 3000 m steeple, 🥉 médaillé de bronze

Marie Gayot, 4x400 m, finaliste (5e)

Yohann Diniz, 50 km marche, finaliste (8e)

Djenebou Dante porte-drapeau du Mali, 100 m, éliminée en série

Mathieu Bilodeau, pour le Canada, 50 km marche, abandon


2021 Tokyo

Muhammad Kounta et Christopher Aliali, 4x400 m, demi-finaliste

Arthur Cissé pour la Cote d'Ivoire, 100 m, demi-finaliste

Djenebou Dante pour le Mali, 400 m, éliminée en série

 

A (re) lire aussi : La saga des Jeux à la rémoise

 








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1 Yorum


cathythebault
07 May

Oh !!!! Que de souvenirs !!! Jean Jacques Louis était mon prof d ‘EPS au collège Université et celui qui m’a encouragée à faire Sport Étude à Bar Le Duc et par voie de conséquence à devenir prof d’EPS… Je pense régulièrement à lui. Cathy Pierret ( Thébault)

Beğen
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